Que du bon dans les algues

Les algues marines sont considérées comme de véritables légumes et de plus en plus de restaurants les proposent à leur clientèle

15 millions de tonnes d’algues marines sont récoltées chaque année dans le monde, dont les trois quarts pour la consommation alimentaire, la France en produisant déjà 800 à 1 000 tonnes.

Côté cuisine, elles sont consommées séchées, pour fabriquer le nori des makis, le wakamé et le kombu des soupes misos,  ou fraîches. L’agar-agar, extrait d’algues rouges, sert de gélifiant aux fabricants de bonbons, de charcuteries ou de pâtisseries. Il peut aussi servir de coupe-faim. Certes, c’est moins gastronomique que les sushis.

Ingrédient traditionnel de la cuisine japonaise, les algues produisent tant de bienfaits que le Centre d’Etude et de Valorisation des Algues  travaille à l’amélioration de leur image et que l’Association Française des Diététiciens Nutritionnistes en a fait l’un des thèmes principaux de ses 50es journées qui se sont tenues à Saint-Malo au début de l’été.

Des antioxydants anticancers

C’est surtout leurs vertus nutritives et leurs bienfaits sur notre santé qui nous intéressent ici. Les algues alimentaires sont composées de 70 % à 90 % d’eau, proportion qui, bien qu’elles soient issues d’un milieu aquatique, est inférieure à celle des légumes terrestres d’où l’intérêt que leur portent les végétariens. Ne contenant ni graisses ni calories, leur apport calorique est très faible. En revanche, elles sont riches en sels minéraux, oligoéléments, fibres (presque 90 % dans les algues brunes) et en protéines (spiruline), parfois plus que les œufs. Même chose pour le calcium, et certaines espèces en proposent même plus que le lait avec des taux de vitamines élevés. D’où leur recommandation en tant qu’alternative aux produits laitiers pour les personnes en excès de cholestérol.

Des études ont déjà montré que leur consommation régulière coïncidait avec une incidence inférieure des cancers du sein, de la prostate et du côlon. Les cancers dépendant des œstrogènes sont d’ailleurs moins fréquents en Asie qu’en Occident et la teneur en iode des algues alimentaires, plus élevée que dans les produits de la mer (poissons et crustacés) est un véritable bienfait pour les femmes enceintes. Les algues marines recèlent également des antioxydants. Lesquels, selon le docteur David Servan-Schreiber, seraient très efficaces pour lutter contre le développement des cellules cancéreuses et, selon d’autres études, utiles dans la prévention ou le traitement des maladies dégénératives. C’est d’ailleurs David Servan-Schreiber (décédé en juillet dernier) qui le premier avait popularisé les qualités nutritionnelles des algues crues ou cuites à travers ses recettes anticancer. Dans son dernier ouvrage, Anticancer édité chez Laffont, David Servan-Schreiber rend hommage au professeur Richard Béliveau et à son collaborateur Denis Gringas, dont le travail lui a permis de présenter les clés d’une alimentation saine et préventive. Selon une étude de l’Inserm l’apport d’antioxydants à des doses comparables à celles d’une alimentation saine (riche en fruits en légumes) fait baisser de plus de 30 % le risque de cancer et la mortalité des hommes. Les antioxydants bloquent les radicaux libres qui oxydent les cellules et qui risquent d’accélérer le vieillissement et le développement des cellules cancéreuses.

Les antioxydants présents dans les algues

Un grand nombre d’antioxydants sont présents dans les algues. Certains comme la fucoxanthine et la phycoerythrine n’existent nulle part ailleurs. D’autres sont communs aux algues et aux fruits et légumes.

Dans les fruits et légumes terrestres :

les caroténoïdes : La lutéine et la zéaxanthine, principalement retrouvées dans les algues vertes et rouges, et le beta-carotène (aussi appelée provitamine A) dans les algues brunes et vertes ;

les polyphénols : les florétols, fucols, polyphénols sulfatés, et tanins protègent les algues des éventuels métaux lourds présents dans l’eau de mer ; ils ont un rôle antibactérien et antifongique ;

les vitamines C et E.

La fucoxanthine, qui n’existe que dans les algues brunes (wakamé, haricot de mer et kombu) est un antioxydant particulièrement intéressant si l’on en croit David Servan Schreiber, pour qui elle serait « plus efficace que le lycopène pour empêcher la croissance des cellules cancéreuses de la prostate ».
Autre antioxydant présent dans les algues : la phycoerythrine, présente dans les algues rouges (nori et dulse) ; la phycoerythrine pourrait selon plusieurs études « être mises à profit dans la prévention ou le traitement de maladies dégénératives : certaines formes de cancer, maladies cardio-vasculaire ou ophtalmiques ».

Sources : Céva, Guide des algues alimentaires et Anticancer de David Servan Schreiber

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L’Apocalypse joyeuse, Jean-Baptiste Fressoz

A l’heure où s’ouvre le Conférence environnementale dont le thème principal est la transition énergétique, un historien de l’industrie nous explique qu’elle est plus souvent guidée par l’opportunisme financier ou politique que la conséquence d’une pénurie de matière première.

Dans son dernier livre L’Apocalypse joyeuse, l’historien Jean-Baptiste Fressoz décrit les différentes transitions énergétiques comme des phénomènes purement opportunistes unissant industriels et systèmes politiques, avec l’aide de quelques ingénieurs, au service d’intérêts communs, financiers ou stratégiques.

Ainsi, si l’on est passé du bois au charbon, puis du charbon au pétrole et enfin du pétrole au non-fossile, ce n’est en rien pour des raisons naturelles comme la fin d’une ressource, mais uniquement pour répondre à des circonstances sociales, militaires, commerciales ou autres. Et de rappeler ainsi, que lorsque la Royal Navy abandonna le charbon pour le pétrole au début du XXe siècle pour ses navires, il s’agissait surtout d’échapper aux grèves des mineurs et d’élargir le rayon d’action de la marine de l’Empire britannique. Dès lors, toutes les marines durent s’aligner.

De même, alors que la seconde guerre mondiale avait été l’occasion du lancement d’un vaste programme de construction de maisons solaires à faible dépense énergétique sous l’impulsion de Roosevelt afin d’économiser l’énergie en faveur de l’effort de guerre, les années 1950 verront l’aboutissement d’une alliance entre constructeurs immobiliers, producteurs d’électricité et fabricants d’électroménager pour la construction et l’équipement d’un grand projet de maisons à bas coûts dans les banlieues afin de répondre à la crise du logement d’alors. Le programme Roosevelt sera abandonné.

En France, l’auteur rappelle que dès le XVIIIe siècle la police est chargée de régler les nuisances liées à des activités industrielles, le plus souvent en les délocalisant à la périphérie des villes.En 1810, sous couvert de rattrapage industriel, les entreprises s’installent où elles veulent dès lors qu’elles ont obtenu une autorisation administrative. Des amendes, destinées à inciter les industriels à limiter les pollutions, sont établies en cas de sinistre. C’est l’invention (pas si neuve donc) du principe pollueur-payeur. Conséquences : cette monétarisation des risques va d’abord faire le bonheur des assureurs qui couvrent les risques industriels, puis déplacer les activités concernées vers les zones les plus pauvres où les habitants ont moins d’accès à la justice et se contentent de plus faibles indemnisations. Surtout, elle va engendrer une « industrie décomplexée » vis-à-vis des accidents industriels, les râleurs étant considérés comme des réacs hostiles au progrès technique. Ne cherchez plus les responsables des catastrophes de Seveso, Bhopal ou AZF à Toulouse.

L’Apocalypse joyeuse (2012), Jean-Baptiste Fressoz, Editions Le Seuil, 312 pages.

Jean-Baptiste Fressoz, Historien des sciences, des techniques et de l’environnement, maître de conférences en histoire industrielle à l’Imperial College de Londres

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La Conférence environnementale du 14 et 15 septembre 2012 : la santé à l’honneur

Vendredi 14 septembre s’ouvre la Conférence environnementale annoncée dès l’entrée en fonction du Président de la République.  La conférence ne durera que deux jours et abordera principalement les thèmes de la transition énergétique et du développement de l’économie verte.

Bien que ses objectifs ne semblent pas bien définis, associations, ONG et syndicats l’ont  préparée très sérieusement dans « une atmosphère studieuse », en se réunissant régulièrement depuis le début de l’été, en rencontrant Delphine Batho et ses conseillers afin d’établir le programme des tables rondes et le menu des thèmes à discuter. La dernière rencontre a eu lieu le mercredi 29 août et les bonnes dispositions des différentes parties ont même fait apparaître un nouveau sujet, qui nous intéresse particulièrement ici, la santé.

Hormis la biodiversité, l’énergie, l’agriculture ou l’alimentation qui se retrouveront au cœur de différentes tables rondes, la santé constituera donc aussi l’un des thèmes transversaux de la conférence, ce dont se félicitent les associations. « Traiter les questions de santé liées à l’environnement permettrait à terme de faire des économies pour le système de santé, expliquent-elles. La transition écologique doit être un moteur de l’économie et de l’emploi, mais également d’économies en termes de dépense publique. » Il s’agit pour elles de prévenir les problèmes tels que les cancers ou les maladies respiratoires par exemple, dus à notre mode de vie ou l’agriculture intensive. Ce qui, évidemment, soulagerait les caisses de l’assurance maladie.

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Du ginseng pour lutter contre la fatigue liée au cancer

Les vertus des médecines alternatives pour mieux supporter les traitements anticancéreux et lutter contre leurs effets secondaires avaient déjà été mises en valeur dans différentes études. Cette fois, ce sont les effets bénéfiques du ginseng qui ont été démontrés. Une approche scientifique qui valide les effets de ces thérapies douces.

Utilisé depuis des millénaires dans la médecine traditionnelle chinoise pour ces vertus énergisantes ou aphrodisiaques, le ginseng panax quinquefolius, aussi appelé ginseng américain, permet de réduire la fatigue chez les personnes subissant un traitement anticancéreux. C’est du moins ce que démontre une étude menée par la Mayo Clinic aux Etats-Unis et présentée au très sérieux 48e Congrès annuel de l’American Society of Clinical Oncology (ASCO), la grand-messe mondiale de la lutte anti cancer, au début du mois de juin. Dirigée par Debra Barton, professeur d’oncologie à l’Université de l’Illinois, l’étude a porté sur 340 patients en phase de traitement ou post-traitement d’un cancer, dont 60 % atteints d’un cancer du sein.Une partie d’entre eux ont ingéré pendant deux mois une dose quotidienne de 2 grammes de ginseng pur en capsules, les autres consommant un placebo (la méthode d’évaluation validée pour l’autorisation d’un médicament par les agences européennes et américaines de santé et de sécurité sanitaire). Les résultats de l’étude ont montré que les sujets ayant pris cette dose élevée durant huit semaines sous forme de complément alimentaire ont ressenti une baisse sensible de leur sensation de fatigue sans éprouver d’effet secondaire. La plante semble toutefois mettre un certain temps à agir : au bout de quatre semaines, il n’y avait ainsi pas d’effet notable, mais les niveaux d’énergie générale augmentaient brusquement après deux mois chez le groupe prenant le ginseng. Sur une échelle de 1 à 100, les sujets ayant consommé du ginseng rapportaient une réduction de leur sensation de fatigue de l’ordre de 20 points par rapport au groupe de contrôle. La fatigue est l’un des symptômes dont se plaignent le plus les malades atteints de cancer. Elle est causée par l’augmentation des cytokines pro-inflammatoires dans le système immunitaire. L’un des principaux ingrédients actifs du ginseng, les ginsénosides, inhibe la formation de cytokines et régule l’hormone du stress.

Les médecines alternatives plus en plus utilisées

L’intérêt de cette étude est qu’elle démontre scientifiquement l’intérêt et l’efficacité d’une médecine douce dans le traitement du cancer. Sans remplacer les thérapies conventionnelles que ce sont la chimiothérapie, la chirurgie ou la radiothérapie, un nombre croissant de praticiens et de patients utilisent ces alternatives (phytothérapie, acupuncture, régimes alimentaires…) pour accompagner les traitements classiques sans, pour autant, avoir une preuve scientifique de leur efficacité. Voila qui est donc fait pour le ginseng et ses effets sur la fatigue inhérente à un traitement lourd.

Des études menées en France dans les années 2000 avaient déjà mis en évidence les effets positifs de ces médecines alternatives dans les traitements anticancéreux, notamment pour lutter contre les effets secondaires : la fatigue donc, mais aussi la chute des cheveux, les zonas, les brûlures, les nausées et vomissements…

Le cancer étant devenu une maladie chronique avec laquelle il faut vivre parfois de longues années, les thérapeutes cherchent à améliorer le quotidien de leurs patients. Ces méthodes sont d’ailleurs également de plus en plus employées par les porteurs du virus du sida. Et la plupart des patients y ayant recours voient leur état général de santé s’améliorer. Les effets physiologiques ne sont pas les seuls recherchés et de nombreuses raisons « psychologiques » (qui peuvent être plus en moins rationnelles) poussent les patients à pratiquer ces alternatives : limiter les risques de rechute, renforcer les défenses immunitaires, suppléer le traitement de base, tout cela pour tenter d’augmenter les chances de guérison, voire de survie. Sans parler de la sensation de toxicité que donnent les traitements classiques, notamment à cause de leurs effets secondaires, à certaines personnes déjà enclines à consommer plus « bio » ou « nature ». Ces pratiques sont d’ailleurs dorénavant reconnues par les institutions de santé. La Sécurité sociale rembourse des traitements à base d’acupuncture ou d’homéopathie. Des hôpitaux mettent en œuvre des programmes à base de médecine traditionnelle chinoise (tai-chi, shiatsu…) pour accompagner les patients subissant des thérapies aux effets secondaires lourds. Les exemples sont nombreux et poussent à une intégration de plus en plus forte des médecines traditionnelles et alternatives (comme le démontre la tenue récente du congrès de Bologne qui a réuni des scientifiques chinois et occidentaux – voir ci-dessus). La validation scientifique des bénéfices de la prise de ginseng dans les traitements anticancéreux en est une première illustration.

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Fukushima : au Japon, le gouvernement relance la production nucléaire, mais de nouvelles voies s’ouvrent déjà.

Plus d’un mois après avoir fermé ses derniers réacteurs, le Japon annonce la prochaine remise en service de deux unités de production atomique. La résistance s’organise, des projets alternatifs émergent.

Le 5 mai fut un jour de grande liesse au Japon. Ce jour-là, la dernière centrale nucléaire encore en service, celle de Tomari, à Hokkaido, dans le nord du pays, s’arrêtait pour raisons de maintenance, d’opérations de vérification de sécurité, comme tous les autres réacteurs du pays auparavant (hormis ceux qui avaient été endommagés par le séisme du 11 mars 2011).

Depuis, plus un seul kilowatt/heure produit et consommé au Japon ne provient de l’énergie nucléaire. A l’annonce de cet événement majeur, des milliers de Tokyoïtes ont salué ce « jour historique », paradé sous des banderoles « Nucléaire, non merci » et se sont réjouis de pouvoir « laisser à (leurs) enfants et  petits-enfants une Terre où jouer sans s’inquiéter » comme l’a raconté une retraitée, Yoko Kataoka, aux journalistes de l’Associated Press présents sur place. Pourtant, les Japonais ne s’éclairent pas à la bougie, continuent de faire tourner leurs machines à laver et autres appareils ménagers et utilisent de plus en plus, comme le reste du monde, leurs ordinateurs.

Une décision unilatérale

Sans l’avouer ouvertement, le gouvernement, sous la pression des opérateurs électriques et des collectivités locales, souhaitait toutefois relancer la production nucléaire d’électricité et disait pour cela attendre le résultat de stress tests et des opérations de vérifications de résistance des centrales. Et la décision fut prise et annoncée le samedi 16 juin : deux réacteurs exploités par Kansai Electric Power, dans l’ouest du pays, vont donc être redémarrés. « Nous avons décidé ce redémarrage et les préparatifs d’une relance effective sont en cours », ont expliqué le Premier ministre japonais, Yoshihiko Noda, et le ministre de l’Industrie, Yukio Edano, lors d’une conférence de presse. La décision a été prise au terme d’un long processus et à l’issue d’une réunion ministérielle au cours de laquelle le chef du gouvernement a reçu l’accord définitif des autorités locales (la municipalité d’Ohi et la préfecture de Fukui, province où se trouvent les deux réacteurs).

Le problème de cette décision est qu’elle intervient sans qu’aucune concertation n’ait eu lieu avec des autorités indépendantes de sûreté du nucléaire (toujours inexistantes), et uniquement pour considérations économiques sans que la sécurité de la population soit prise en compte, malgré les dénégations des autorités. « Il y a des opinions divergentes, mais le rôle des hommes politiques est de prendre des décisions, c’est d’autant plus important dans les cas où tout le monde n’est pas d’accord », a insisté Yukio Edano. Pour le Premier ministre, plus direct, il s’agit de « protéger le gagne-pain des gens » et « d’autres réacteurs seront remis en service ». Quant à Issei Nishikawa, gouverneur du département de Fukui – où sont implantées treize réacteurs – en charge de la supervision d’Ohi, il a déclaré le même jour : « J’ai approuvé le plan de redémarrage parce que les efforts du gouvernement en matière de sécurité m’ont été garantis et parce que cela permettra de générer de la stabilité pour nos activités industrielles. »

Pourtant,  la décision de redémarrer les réacteurs de la centrale d’Ohi s’appuie d’abord sur les stress tests, au sujet desquels, en février dernier, Haruki Madarame, président de la Commission de sûreté nucléaire, avait lui-même déclaré qu’ils ne pouvaient servir de référence pour l’évaluation de la sûreté des installations nucléaires et de leur redémarrage. Elle s’appuie aussi sur des normes provisoires de sécurité élaborées en trois jours en avril dernier par l’Agence de sûreté nucléaire et industrielle du ministère de l’Industrie (METI), dont le rôle est de… promouvoir le nucléaire. Elle s’appuie enfin sur les conclusions de la commission d’enquête sur l’accident de Fukushima et… qui ne sont pas encore rendues. Comme aucune autorité politique ne souhaite vraiment endosser la responsabilité de cette décision, c’est finalement le vote du conseil municipal d’Ohi qui est mis en avant. Problème : 50 % du budget de la ville est financé par des subventions et des ressources fiscales liées au nucléaire.

La possibilité d’une sortie définitive

Si les différents lobbies économiques semblent pour l’instant sur la voie d’emporter la partie, les antinucléaires n’ont pas encore dit leur dernier mot. Bénéficiant notamment du soutien du prix Nobel de littérature Kenzaburo Oe, du compositeur  Ryuichi Sakamoto ou encore du journaliste Satoshi Kamata, ils affirment, sur la foi d’un sondage, que 80 % de la population japonaise souhaite une sortie définitive du nucléaire. La pétition « Au revoir l’énergie nucléaire » qui vise à rassembler au moins 10 millions de signatures d’ici à la mi-juillet en avait déjà recueilli 7,23 millions le 13 juin.

Même sans centrales atomiques, la production d’électricité peut suffire, d’autant que des économies supplémentaires sont encore possibles, estiment les antinucléaires. Ils pointent les menaces que fait peser la catastrophe de Fukushima sur la santé et l’environnement. Une position soutenue par le professeur Andrew DeWit de l’Université Rikkyo de Tokyo, qui souligne que les opérateurs auront du mal à expliquer la nécessité de relancer les réacteurs si le pays passe le cap de l’été (une période sensible où les climatiseurs tournent à plein régime) sans pénurie d’électricité. Ce qui lui fait dire que « la sortie définitive du nucléaire est désormais possible ».

Concrètement, la pétition, ouverte aux étrangers, formule diverses exigences : la non-remise en marche, suivie du démantèlement, des réacteurs arrêtés, le gel des projets de construction, le renoncement aux surrégénérateurs en projet de même qu’à la mise en exploitation d’une usine de retraitement et enfin l’accélération de la transition vers les énergies renouvelables.

Le retour au thermique, revers de la médaille

En attendant, ce sont les centrales thermiques alimentées en pétrole, charbon et gaz naturel importés qui ont pris le relai de la production d’énergie pour l’ensemble du pays. Elles sont mises à très forte contribution ce qui a permis d’éviter toute rupture d’alimentation pour l’instant. Bien-entendu, les partisans du nucléaire serinent que ces centrales sont bien plus polluantes, et de ce point de vue ils n’ont pas tort. Et cette nouvelle configuration relance le débat sur la dépendance du Japon vis-à-vis des importations de ces énergies fossiles et sur le surcoût de production qui risque de faire grimper la facture des consommateurs. Pour sa part, le gouvernement qui entend donc remettre en service progressivement les centrales – mais devra aussi revoir ses ambitions de quota de production à la baisse – appelle pour l’instant à la réduction de la consommation et demande  aux consommateurs de ne pas trop tirer sur les climatiseurs afin d’éviter les coupures de courant. Les opérateurs pourraient ainsi programmer des coupures ciblées afin d’éviter une panne de grande ampleur. Le gouvernement a aussi demandé aux entreprises publiques et privées de réduire de  15 % leur consommation d’énergie.

Pendant l’été 2011 déjà, les employés de bureau avaient été invités à s’habiller plus légèrement, sans veste ni cravate, et les horaires de travail avaient été aménagés afin de consommer moins de courant, ce qui avait permis d’éviter des coupures brutales et massives. Des mesures d’économies auxquelles se prêtent volontiers les habitants d’un pays toujours traumatisé par le fantôme d’Hiroshima et de nouveau angoissé par l’atome après la catastrophe de Fukushima.

Une appréhension tout à fait légitime compte tenu des risques sismiques permanents au Japon et qui pose la question de ce qui a conduit les gouvernants à faire le choix de cette énergie au cours de la deuxième moitié du 20ème siècle. L’indépendance énergétique est bien sûr la réponse dans un pays qui a connu de nombreux conflits et qui s’est rapidement hissé sur le podium des puissances mondiales. Mais l’option du tout atomique est devenue désormais inenvisageable et le pays va devoir se tourner vers les énergies renouvelables. Ce qui ne va pas sans poser des problèmes dans cette période de troubles économiques. « S’il devait se passer totalement de ses centrales nucléaires, le Japon devrait investir 30 milliards d’euros par an pour produire de l’électricité à partir de combustibles fossiles et d’énergies renouvelables », estime à ce propos la Société française d’énergie nucléaire. Malgré une hausse des exportations, les comptes du commerce extérieurs japonais restent dans le rouge au mois de mai 2012, l’archipel dépendant toujours fortement de ses partenaires en matière d’énergie. Le volume de ses importations a ainsi grimpé de 9,3% sur un an.

Une centrale solaire bientôt à Fukushima

La solution viendra donc des énergies renouvelables et même les opérateurs en ont conscience. Toshiba a ainsi annoncé mercredi 20 juin la construction d’une centrale photovoltaïque d’une capacité totale de 100 mégawatts non loin du site de Fukushima, ce qui en fait le plus grand projet d’énergie solaire au Japon.

Le conglomérat, qui fabrique aussi bien des ampoules que des réacteurs nucléaires, va consacrer environ 30 milliards de yens (presque 300 millions d’euros) pour construire plusieurs grands parcs photovoltaïques à Minami Soma, sur la côte nord-est du Japon frappée de plein fouet par le séisme et le tsunami dévastateurs. Les habitants de Minami Soma, à seulement vingt-cinq kilomètres du site nucléaire de Fukushima, ont été forcés de fuir leur maison l’année dernière en raison de la mise en place d’une zone de sécurité après la catastrophe nucléaire.

Le projet de Toshiba dépasse celui du fabricant de machinerie lourde Kyocera et de la banque Mizuho , qui avaient annoncé plus tôt le projet d’une centrale solaire d’une capacité de 70 mégawatts. Toshiba a indiqué qu’il allait commencer la construction des parcs solaires cette année, et prévoit de démarrer l’exploitation en 2014. La décision de Toshiba intervient après que le gouvernement japonais a, par ailleurs, donné son feu vert à de nouvelles incitations économiques pour développer les énergies renouvelables.

Ces investissements sont à la hauteur de l’enjeu socio-environnemental qui attend inéluctablement tous les gouvernements du monde. Les Allemands l’ont bien compris qui ont récemment décidé de stopper toutes les centrales nucléaires du pays, les électeurs italiens aussi qui ont voté à une large majorité en 2011 la sortie du nucléaire pour ne citer que deux exemples proches de chez nous.

Reste à notre nouveau gouvernement, auquel participent les écologistes, à opérer cette prise de conscience et à se fixer des objectifs peut-être plus ambitieux que la seule fermeture du plus ancien réacteur français d’ici 5 ans, la poursuite du projet EPR et une vague augmentation de la part des énergies renouvelables en même temps que le ralentissement du programme nucléaire qui n’engagera probablement que les gouvernements suivants. On attendait mieux.

Source : agences de presse

Encadré

Le Japon de l’atome avant et après Fukushima

En mars 2011, le Japon comptait 54 réacteurs nucléaires au total produisant 30 % de l’électricité du pays. Après le 11 mars, date de l’accident de Fukushima-Daiichi, déclenché par un séisme et un raz-de-marée géant sur la côte est de l’archipel (des dizaines de milliers de morts), le pays s’est retrouvé avec 37 réacteurs. Sur les 17 qui ne fonctionnaient plus, 4 étaient dans la centrale de Fukushima. Les 13 autres étaient situés sur une zone aux risques sismiques jugés trop importants et ont volontairement été arrêtés, le temps pour les experts de faire certaines vérifications, d’évaluer leurs capacités de résistance ou de lancer des opérations de maintenance. Les autorités ont ensuite procédé à l’arrêt progressif des 37 réacteurs non-endommagés, le dernier encore en service étant celui de la centrale de Tomari qui a donc cessé son activité le 5 mais dernier. Depuis, aucun n’a encore repris sa production malgré l’annonce du gouvernement et près de 80 % de la population ne le souhaite pas.

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Le quinoa de Bolivie pour lutter contre la faim

Le quinoa, plante originaire des hauts plateaux de la Cordillère des Andes, est une pseudo-céréale qui fait partie de la famille  de la betterave et des épinards (les Chénopodiacées). Ses qualités nutritives : digeste, sans gluten, pauvre en lipides, riche en fer, Oméga-3 et protéines, ont été découvertes dans les années 70 en Occident, où elle a été d’abord distribuée dans des magasins bios ou de commerce équitable.
L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) l’a qualifié de « graine d’or » et ses défenseurs en ont fait un symbole des produits biologiques car ses méthodes de production sont jugées respectueuses de l’environnement.
La FAO a lancé un programme de trois ans pour encourager l’utilisation du quinoa, considéré par les scientifiques comme l‘un des aliments les plus sains et complets et capable de remplacer avantageusement le riz, les pâtes ou la semoule. 2013 a été déclarée « Année internationale du quinoa«  par les Nations Unies, en hommage au fait que les populations andines ont su préserver cet aliment cultivé depuis 7 000 ans et qui était à la base de l’alimentation de civilisations anciennes comme celle des Incas.
« Face à la crise alimentaire mondiale, les peuples andins disposent de plusieurs solutions et l’une d’elles est le quinoa », a déclaré président bolivien Evo Morales lors d’une visite à la FAO à Rome. Evo  Morales a proposé le 11 juin le quinoa pour lutter contre la faim dans le monde et a été désigné « ambassadeur spécial » de la FAO pour promouvoir le quinoa, présenté comme « un super aliment« .
La Bolivie est l’un des grands producteurs de quinoa, à l’instar du Pérou, de l’Equateur, du Chili, de l’Argentine et du Brésil et sa culture est actuellement expérimentée aussi en Europe, Asie, Afrique et Australie. Car le quinoa parvient à pousser dans des zones semi-arides et jusqu’à 4 000 mètres au-dessus du niveau de la mer.
« Elle est aussi considérée comme l’aliment idéal pour les astronautes », a déclaré M. Morales, d’origine indigène, qui fut dans son enfance un petit cultivateur de quinoa. « Nous voulons populariser son utilisation en raison de ses qualités nutritionnelles », a expliqué le directeur général de la FAO, le Brésilien José Graziano da Silva.
Source : AFP
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Les pharmaciens disent « non » au diplôme d’herboriste

L’Académie nationale de Pharmacie s’oppose à la proposition de loi visant à recréer un diplôme et organiser la profession d’herboriste. Cette proposition de loi a été déposée le 12 juillet 2011 par Jean-Luc Fichet, sénateur PS du Finistère (voir nos articles des 5 et 12 avril 2012).

L’Académie s’oppose à «  la légitimité de cette nouvelle profession, dite « de bien-être » et rappelle que la filière pharmaceutique répond actuellement aux exigences de sécurité sanitaire en ce qui concerne les plantes médicinales ». Elle propose «  de mieux identifier les besoins en la matière, d’améliorer la formation des professionnels de santé concernés et de reconsidérer, en particulier, le décret du 28 août 2008 libéralisant 148 plantes sans préciser clairement leur usage alimentaire ou de phytothérapie ».

En substance, l’Académie estime que les pharmaciens sont parfaitement habilités à répondre aux enjeux soulevés par les plantes médicinales, mais admet également qu’il convient de mieux déterminer les besoins de formation dans ce domaine au vu de l’«intérêt grandissant de la population pour les médecines dites ‘alternatives’ comme la phytothérapie », du « souci de rendre plus dynamique la filière agricole des plantes » ou encore de la nécessité de « favoriser la qualité, la transparence, et le respect de la ressource… ». Elle reconnait donc la pertinence de l’initiative, mais estime « cette proposition de loi n’apporte pas de réponse efficace » aux questions posées.

 

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