Conférence environnementale : un bilan en demi teinte

Alors que les tables rondes sur la biodiversité ou l’énergie ont reçu un accueil favorable de la part des participants, celle sur la santé et l’environnement n’a permis que de très légères avancées.

La Conférence environnementale organisée mi-septembre par le gouvernement était très attendue par les associations du secteur qui y voyaient enfin l’occasion de poser les vrais problèmes en la matière et d’avancer des solutions. D’autant que l’actualité était porteuse : gaz de schiste, transition énergétique, nucléaire, biodiversité…, tous ces thèmes avaient été abordés et préparés lors des réunions préparatoires qui se sont tenues tout au long de l’été.

Ces réunions avaient même permis d’inscrire au programme une thématique surprise : les problèmes de santé liés à l’environnement. De quoi mettre en joie les associations telles que le Réseau Environnement Santé avec deux jours de table ronde au menu de l’événement.

François Hollande a clairement montré la voie lors de son discours d’introduction. Il a souhaité « un changement de cap », évoqué la « crise sanitaire » et demandé des réponses aux « interrogations sur la croissance des maladies chroniques ». Les perturbateurs endocriniens sont ainsi apparus comme une problématique prioritaire.

Mais les paroles ont été suivies de peu d’actes. Certes, des décisions ont été prises dans l’intérêt de la santé des citoyens. La première d’entre elles fut la confirmation de l’interdiction du Bisphénol A dans les emballages alimentaires. C’est à peu près tout ce qui est ressorti de concret de la réunion. Ce qui a fait dire à André Cicolella, responsable du Réseau Environnement Santé : « François Hollande avait dit qu’on devait changer de cap. Sur la santé, il n’en est rien. Je suis tenté de dire qu’on revient en arrière. Pas de vision, pas de projet ! » Rien n’a été décidé sur la progression des maladies chroniques attribuables à la pollution chimique aux perturbateurs endocriniens (pesticides).

Sur le sujet, le débat a seulement porté, lors de l’ouverture de la session, sur le pourcentage de l’évaluation du nombre de cancers dus à l’action humaine sur l’environnement. Un taux qu’à cherché à minimiser sans surprise la présidente de l’Institut National du Cancer (INCa), facilitatrice de la table ronde et ex patronne de la sûreté nucléaire (IRSN), Agnès Buzyn : elle avait déclaré en juillet que le chiffre des risques cancérigènes liés à l’environnement était surestimé. « Toutes les propositions importantes de l’Alliance pour la Planète (organisme qui regroupe les ONG et associations travaillant sur la santé et l’environnement) ont été retoquées », a constaté André Cicolella au sortir de la table ronde.

Les projets de création d’un nouvel Institut de recherche et de refondation de la politique de la santé pour anticiper les crises sanitaires ou les maladies chroniques sont donc renvoyés aux calendes grecques. Seul point positif à retenir selon lui, « le lancement d’un groupe de travail ».

Pour le Réseau Environnement Santé, « aucune initiative sérieuse en matière de recherche n’a été faite et (sa) proposition de créer un Institut National de Recherche en Santé environnement à l’image du NIEHS américain n’a pas été reprise ». « Le principe d’une loi sur les perturbateurs endocriniens n’a pas été retenu. Rien en ce qui concerne les particules fines au moment même où l’InVS publie une étude montrant qu’un Marseillais de 30 ans perd 7,5 mois d’espérance de vie à cause de ces particules fines. »

Pour l’association, c’est une drôle de façon d’aborder la transition écologique. « L’explosion des dépenses de santé qui trouve son origine dans la croissance des maladies chroniques (83% des dépenses de santé) obligera tôt ou tard à changer de politique » assurent les responsables du réseau.

Un sujet primordial pour les Français

Pourtant, les conséquences de l’environnement sur la santé semblent préoccuper au plus haut point les Français. C’est ce que montre un sondage réalisé par l’Ifop début septembre pour le Rassemblement pour la Planète et le WWF dans lequel 52 % d’entre eux souhaitaient que des décisions soient prises dans ce domaine en priorité par le gouvernement.

Ce thème devance les autres thèmes ayant fait l’objet d’une table ronde au cours de la conférence : transition énergétique (24 %), biodiversité (9 %), fiscalité écologique (8 %) et la place de l’environnement dans les institutions (7 %).

Le message semble avoir été toutefois entendu par le gouvernement. « Entre 5 et 10 % des cancers seraient liés à la dégradation de notre environnement, a reconnu Jean-Marc Ayrault, lors de son discours de clôture de la conférence, ajoutant que « la mauvaise qualité de l’air aurait un coût pour la collectivité compris entre 10 et 40 milliards d’euros par an ».

Il a donc bien fallu se pencher sur les solutions à mettre en œuvre pour y remédier. Les intervenants ont tout d’abord admis qu’un effort important doit être accordé à la recherche sur ces sujets, notamment de toxicologie ou d’écotoxicologie. « C’est la condition indispensable pour traiter avec efficacité et discernement les effets sur la santé des différentes pollutions, qu’elles soient isolées ou multiples ou encore à faibles doses mais récurrentes », a affirmé le Premier ministre. D’accord, mais comment faire sans un centre de recherche ad hoc ? En utilisant les laboratoires existants et en les rendant efficaces, a répondu en substance Agnès Buzyn. « Arrêtons de faire des structures mais travaillons sur la structuration », a renchéri Geneviève Fioraso. Le gouvernement a d’ailleurs confirmé qu’il s’efforcera de faciliter la convergence des laboratoires sur des thèmes relevant du champ santé-environnement.

Des pistes d’actions envisagées et des groupes de travail

Un plan d’action sera ainsi proposé au printemps prochain qui créera un lien entre la prévention, l’épidémiologie et la recherche fondamentale. La connexion entre les travaux des médecins et ceux des services chargés de la surveillance des effets des produits toxiques avec ceux des agences sanitaires en charge de l’évaluation de ces produits comme l’Anses sera ainsi renforcée. La discussion a aussi mis en évidence le manque, et donc la nécessaire mise au point, d’indicateurs de santé-environnement. « Nous avons tous reconnu que nous manquions d’indicateurs fiables et de modélisation autour des effets cocktail, des faibles doses », a reconnu Agnès Buzyn. De même, l’indépendance des experts sera plus sûrement garantie et, bien que le souhait de certains de protéger les « lanceurs d’alerte » n’ait pas fait consensus, un travail a d’ores et déjà commencé en la matière.

Dans sa feuille de route, le gouvernement souhaite renforcer la mise en cohérence des réglementations englobant l’environnement, la santé publique et la santé des travailleurs. Sur le modèle des centres de pathologies professionnelles, des lieux destinés à prendre en compte les liens entre pathologies et expositions environnementales pourraient se développer.

Les risques émergents feront aussi partie de la feuille de route. Les perturbateurs endocriniens auront également droit à leur groupe de travail qui devra définir une stratégie nationale d’ici juin 2013. Elle portera sur les actions de recherche, d’expertise, d’information du public et de réflexion sur l’encadrement réglementaire. Les thèmes des ondes électromagnétiques et la qualité de l’air ont été, quant à eux, tout juste abordés. Tout comme les OGM, l’agriculture biologique et la qualité de l’eau. Autant de sujets concernant notre santé qui mériteraient bien une conférence à eux seuls.

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