L’Apocalypse joyeuse, Jean-Baptiste Fressoz

A l’heure où s’ouvre le Conférence environnementale dont le thème principal est la transition énergétique, un historien de l’industrie nous explique qu’elle est plus souvent guidée par l’opportunisme financier ou politique que la conséquence d’une pénurie de matière première.

Dans son dernier livre L’Apocalypse joyeuse, l’historien Jean-Baptiste Fressoz décrit les différentes transitions énergétiques comme des phénomènes purement opportunistes unissant industriels et systèmes politiques, avec l’aide de quelques ingénieurs, au service d’intérêts communs, financiers ou stratégiques.

Ainsi, si l’on est passé du bois au charbon, puis du charbon au pétrole et enfin du pétrole au non-fossile, ce n’est en rien pour des raisons naturelles comme la fin d’une ressource, mais uniquement pour répondre à des circonstances sociales, militaires, commerciales ou autres. Et de rappeler ainsi, que lorsque la Royal Navy abandonna le charbon pour le pétrole au début du XXe siècle pour ses navires, il s’agissait surtout d’échapper aux grèves des mineurs et d’élargir le rayon d’action de la marine de l’Empire britannique. Dès lors, toutes les marines durent s’aligner.

De même, alors que la seconde guerre mondiale avait été l’occasion du lancement d’un vaste programme de construction de maisons solaires à faible dépense énergétique sous l’impulsion de Roosevelt afin d’économiser l’énergie en faveur de l’effort de guerre, les années 1950 verront l’aboutissement d’une alliance entre constructeurs immobiliers, producteurs d’électricité et fabricants d’électroménager pour la construction et l’équipement d’un grand projet de maisons à bas coûts dans les banlieues afin de répondre à la crise du logement d’alors. Le programme Roosevelt sera abandonné.

En France, l’auteur rappelle que dès le XVIIIe siècle la police est chargée de régler les nuisances liées à des activités industrielles, le plus souvent en les délocalisant à la périphérie des villes.En 1810, sous couvert de rattrapage industriel, les entreprises s’installent où elles veulent dès lors qu’elles ont obtenu une autorisation administrative. Des amendes, destinées à inciter les industriels à limiter les pollutions, sont établies en cas de sinistre. C’est l’invention (pas si neuve donc) du principe pollueur-payeur. Conséquences : cette monétarisation des risques va d’abord faire le bonheur des assureurs qui couvrent les risques industriels, puis déplacer les activités concernées vers les zones les plus pauvres où les habitants ont moins d’accès à la justice et se contentent de plus faibles indemnisations. Surtout, elle va engendrer une « industrie décomplexée » vis-à-vis des accidents industriels, les râleurs étant considérés comme des réacs hostiles au progrès technique. Ne cherchez plus les responsables des catastrophes de Seveso, Bhopal ou AZF à Toulouse.

L’Apocalypse joyeuse (2012), Jean-Baptiste Fressoz, Editions Le Seuil, 312 pages.

Jean-Baptiste Fressoz, Historien des sciences, des techniques et de l’environnement, maître de conférences en histoire industrielle à l’Imperial College de Londres

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