Croissance ou environnement ? Les valses hésitations du nouveau gouvernement

Malgré un accord électoral important avec les écologistes, les premières décisions du gouvernement manifestent une grande ambiguïté. Le gouvernement Ayrault cafouille entre  signaux positifs envoyés ostensiblement aux défenseurs de l’environnement, et défense des intérêts des entreprises susceptibles de porter la croissance nécessaire à la politique de François Hollande.

Deux mois après la prise de fonction de François Hollande en tant que Président de la République, la politique environnementale mise en œuvre par le nouveau pouvoir reste assez floue. Et ce, malgré un accord qualifié d’historique avec le principal allié du parti du Président, Europe Ecologie-Les Verts (EE-LV). Accord électoral certes, et non programmatique.

Premier acte du chef de l’Etat et de son Premier ministre en matière environnementale : le rattachement de l’énergie au ministère de  l’Ecologie, un signe politique clair, même si la titulaire du poste, Nicole Bricq, n’est pas issue des rangs écologistes. Couac ou fine stratégie politique ? Pour appuyer cette deuxième option, certains avancent qu’il vaut mieux qu’elle ne vienne pas du sérail écologiste pour garantir son indépendance, d’autres estiment que le portefeuille confié à l’ex chef de file des écolos, Cécile Duflot (elle a quitté la direction d’EE-LV le 23 juin), l’Egalité des territoires et le Logement, est très connoté « environnement ». Ceux-là n’ont d’ailleurs pas commenté la teneur du ministère auquel a été nommé le second membre du gouvernement issu du mouvement écologiste, Pascal Canfin, chargé du Développement (pas forcément durable) auprès du ministre des Affaires étrangères. Deux nominations qui ne portent pas la marque de l’urgence écologique dans la politique de la nouvelle majorité présidentielle. Rien d’étonnant après tout, le programme du candidat Hollande étant plus que « light » question environnement. Il avait d’ailleurs lui-même déclaré ne pas se sentir lié en tant que candidat par l’accord signé entre le PS et EE-LV.

La ministre de l’Ecologie lâchée en rase campagne

Reconnaissons tout de même l’envoi de signes positifs. D’abord de la part Nicole Bricq qui, dès le 4 juin, a réuni le Conseil national du développement durable et du Grenelle de l’Environnement (CNDDGE) et annoncé sa volonté de mettre le dialogue environnemental sur le même plan que le dialogue social. Le même jour dans le journal Le Monde, elle a plaidé pour le concept d’ « écologie sociale ». Dans son programme : la transition énergétique, la biodiversité ou encore l’émergence de nouvelles formes de financement et le développement de l’économie verte.

Une Conférence environnementale devrait avoir lieu en juillet suivie d’un grand débat sur la transition énergétique à l’automne qui devra déboucher sur une loi de programmation sur l’énergie. Elle a aussi insisté sur la nécessité de structurer la filière solaire  grâce au grand emprunt. « Du bon boulot » ont dû se dire François Hollande et Jean-Marc Ayrault. Jusqu’au 13 juin, jour où elle annonce le réexamen du permis de forage pétrolier de Shell en Guyane, ajoutant qu’elle souhaite revoir l’ensemble des permis d’exploration d’hydrocarbures, y compris ceux déjà attribués. Patatras… L’Elysée et Matignon lâchent la ministre en rase campagne et confirment l’autorisation accordée à Shell. Jeudi 19 juin, des parlementaires guyanais annoncent que les forages exploratoires de Shell vont pouvoir reprendre, Nicole Bricq apprend son « transfert » au Commerce extérieur dans le gouvernement Ayrault II (à la suite des élections législatives) et son remplacement par Delphine Batho, pas franchement connue pour ses compétences environnementales, hormis sur les OGM. Pour France Nature Environnement, fédération de 3 000 associations environnementales, cela « donne l’impression que les lobbies ont gagné ». Et d’une valse hésitation dans les choix que devra opérer François Hollande : d’un côté, favoriser  les intérêts des grandes entreprises énergétiques pour soutenir la croissance dont il a cruellement besoin,  de l’autre, la défense de l’environnement et la transition vers une économie verte.

Les pesticides dans le collimateur du ministère de l’Agriculture

Avant de quitter son ministère, Nicole Bricq avait eu toutefois le temps de lancer, à l’occasion de la Journée mondiale de la biodiversité, mardi 22 mai, le premier baromètre de l’état de la biodiversité sans le cadre de l’Observatoire national de la biodiversité (ONB). Accessible en ligne au public*, il vise à surveiller l’évolution de la faune et de la flore en France à travers cinquante indicateurs. Espèces menacées, pollution des cours d’eau, espèces exotiques envahissantes, budget consacré à la biodiversité… autant de données accessibles aux internautes. Il sera mis à jour régulièrement.

Autre décision du gouvernement de Jean-Marc Ayrault important pour la biodoversité, qui a mis en joie les apiculteurs, le retrait de l’autorisation de mise sur le marché du Cruiser OSR, le pesticide utilisé pour le colza et soupçonné du déclin des abeilles. Evoquée début juin par le ministre de l’Agriculture, cette interdiction est devenue définitive le 29 juin et « prend effet immédiatement », a-t-il précisé. Malgré la force de la décision, le gouvernement avance là aussi à petits pas : le retrait  ne concerne pas les autres pesticides susceptibles de provoquer les mêmes méfaits comme le Cruiser 350, utilisé pour le maïs, ou le Gaucho fabriqué par l’Allemand Bayer qui utilise pourtant les mêmes principes actifs.

Trois études parues récemment (voir notre article mis en ligne le 22/05/2012, « Les pesticides sont bien à l’origine de la disparition des abeilles ») ne laissent cependant aucun doute sur les effets de ces produits phytosanitaires. C’est le ministre de l’Agriculture (et pas la ministre de l’Ecologie), Stéphane Le Foll, qui est  à l’origine de cette interdiction, après avoir reçu un rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) démontrant l’impact du Cruiser sur la mortalité des abeilles (rapport demandé par le ministre précédent, Bruno Le Maire).

Le groupe suisse Syngenta, producteur du Cruiser, a décidé d’attaquer cette interdiction en référé-suspension devant le tribunal administratif. Pour le ministre, « l’avis de l’Anses apporte des éléments nouveaux et montre clairement l’effet néfaste de ce produit sur la mortalité des abeilles et je veux en tenir compte » avait-il annonçait le 1er juin en même temps qu’il avait également décidé de saisir la Commission européenne et l’Autorité européenne pour la sécurité alimentaire (EFSA) sur ce sujet.

Un petit pas dans la lutte contre les fléaux menaçant les pollinisateurs qui ne fait cependant pas oublier que les premières grenades lacrymogènes de la présidence Hollande ont été lancées le 21 juin contre les opposants à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes (vieux projet toujours soutenu à bouts de bras par l’ex maire de Nantes et désormais Premier ministre). Ni que les forces de l’ordre sont intervenues le 20 juin pour faire évacuer un local – mis à disposition légalement – occupé par des opposants au projet de ligne électrique de la centrale EPR de Flamanville dans la Manche.
* http://indicateurs-biodiversite.naturefrance.fr

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