Les effets cachés de la perte de la biodiversité

Deux nouvelles études mettent en évidence les conséquences, parfois inattendues, de la dégradation de la diversité biologique sur l’humanité. Elle peut atteindre certes notre santé, notamment en attaquant nos défenses immunitaires, mais aussi, et c’est plus étonnant, notre intellect en abaissant notre niveau culturel.
C’est la très sérieuse revue américaine PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences) qui nous l’apprend dans son numéro du mois de mai : des chercheurs d’outre-Atlantique y publient les résultats de leurs recherches tendant à démontrer que les zones géographiques offrant une grande biodiversité correspondent à celles où l’on trouve la plus grande richesse linguistique. En réalisant cette cartographie, ils ont même établi que là où déclinait la biodiversité, le niveau linguistique et culturel se dégradait aussi.
Larry Gorenflo, chercheur à l’Université de Pennsylvanie et directeur de cette étude, n’y va  pas de main morte : « Les linguistes prévoient que 50% à 90 % des langues du monde disparaîtront d’ici la fin du siècle », indique-t-il. Et comme, de leur côté, « les biologistes estiment que le taux de pertes annuelles d’espèces est actuellement 1 000 fois supérieur aux taux historiques », il a eu l’idée de mener une étude sur la corrélation entre les richesses, culturelle d’un côté et biologique de l’autre, principalement dans des zones très ciblées d’habitat protégé comme les parcs nationaux. Les chercheurs ont alors tenté de faire un lien entre la biodiversité et la façon dont les langues ont progressé à un niveau régional et parfois local. Sans qu’ils puissent encore expliquer le fonctionnement du phénomène, les chercheurs américains ont établi que 4 800 langues parlées dans le monde sur les 6 900 connues sont nées dans des régions de grande biodiversité et que la baisse de celle-ci coïncide à la dégradation du niveau culturel et linguistique.
Ces observations ont pu être menées grâce à un changement radical de point de vue de la part des scientifiques. « Dans le passé, il était difficile d’obtenir des biologistes qu’ils s’intéressent aux êtres humains, explique Larry Gorenflo. Cela a vraiment changé de façon spectaculaire ces dernières années. Les biologistes et les écologistes ont maintenant bien compris que les gens font partie de ces écosystèmes. Ceux qui ont des financements pour la défense de la biodiversité collaborent avec ceux qui en ont pour la conservation linguistique ou culturelle. »
Plus d’allergies dans les villes
Une autre étude  publiée dans PNAS, mais menée cette fois par des scientifiques finlandais, se penche sur les effets protecteurs des bactéries de la flore cutanée contre l’allergie. En substance, ils démontrent que moins les espèces végétales sont nombreuses, plus les êtres humains peuvent développer des problèmes d’allergie et des pathologies auto-immunes. Menée par le professeur Ilkka Hanski du département des biosciences de l’Université d’Helsinki dans l’est de la Finlande, l’étude s’est porté sur 118 adolescents âgés de 14 à 18 ans issus de milieux naturels différents. En délimitant une zone de trois kilomètres autour de leur lieu de vie pour chacun d’entre eux, les chercheurs de l’équipe d’Ilkka Hanski ont établi que ceux vivant près d’une zone arborée ou agricole, ou ceux exposés à une plus grande diversité de plantes à fleurs développaient moins de réactions allergiques que ceux vivant en habitat urbain. Conclusion, la biodiversité protège de l’allergie. Mais jusque là, il ne s’agit que d’une confirmation. L’équipe de scientifiques est allée plus loin en étudiant la flore bactérienne de la peau des sujets. En prélevant de la peau sur leur avant-bras, ils se sont aperçu que la flore cutanée de certains d’entre eux était plus riche d’un certain genre de bactéries que celle des sujets développant des allergies du système immunitaire à des allergènes communs de l’environnement (des sujets dits atopiques). Ces bactéries sont des gammaprotéobactéries du genre Acinetobacter, très efficaces contre les allergies. Mais on ne les retrouve pas seulement sur la peau, mais aussi dans les plantes et sur les sols. Vivre proche de ces plantes et sols permettrait donc d’augmenter la proportion de bonnes bactéries dans la peau en améliorant le système immunitaire dans sa lutte contre les allergies. Les bactéries ne sont donc plus seulement responsables de l’asthme ou de l’eczéma en permettant le passage d’allergènes à travers la peau, elles peuvent aussi nous protéger de ces allergies…
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