La médecine traditionnelle chinoise bientôt dans nos hôpitaux ?

Jeter les bases d’un rapprochement entre la pharmacopée chinoise, qui s’appuie sur plus de 10 000 espèces végétales, et la recherche médicale occidentale qui, elle, privilégie les essais cliniques. Tel était l’enjeu d’une réunion internationale qui s’est tenu en Italie à la mi-mai.
On pourrait parler de véritable tremblement de terre, si le colloque réunissant des chercheurs et scientifiques venus de Chine et de l’Europe entière à Bologne les 10 et 11 mai en vue de tisser de nouveaux liens plus étroits entre les médecines occidentale et chinoise ne s’était tenu juste quelques jours avant les séismes qui ont touché cette région en faisant des dizaines de morts. C’est en tout cas un grand pas en avant qui pourrait déboucher sur l’arrivée sur les marchés américain et européen de produits issus de la médecine traditionnelle chinoise (MTC), une science vieille de plus de 3 000 ans. Et sur une nouvelle approche de la prise en charge des patients atteints de pathologies diverses.
Pour l’industrie pharmaceutique chinoise, l’enjeu économique est de taille : il s’agit de pénétrer le marché occidental du médicament commercialisé sur prescription, soit, respectivement, 40% du marché mondial pour les Etats-Unis et 18% pour le Vieux-Continent. Une nouvelle manne pour la future première puissance économique mondiale. Mais cette accession à notre marché nécessite pour les Chinois de faire valider leurs produits par les différentes autorités occidentales de régulation et de sécurité afin d’en évaluer les véritables effets et leur efficacité. Or, des voix, y compris chinoises, s’élèvent régulièrement pour remettre en cause l’innocuité des médicaments issus de la MTC. Bien que ceux-ci soient reconnus la plupart du temps comme parfaitement sûrs, le directeur de la division clinique de la faculté de médecine de Hongkong rappelle toutefois qu’il faut encore « améliorer la description physique des effets indésirables » de la MTC. Un argument souvent repris par les occidentaux qui notent parfois quelques ambiguïtés dans la nomenclature des plantes utilisées ou dans la composition des préparations. Un membre de l’Académie des sciences médicales chinoise a ainsi admis que malgré « leur faible toxicité, les médicaments de la MTC ne sont pas les plus sûrs ».
Des ambitions et coopérations internationales
La Chine s’est donné les moyens de prendre ce virage de la « modernisation ». Un terme qui n’est d’ailleurs peut-être pas adéquat, car, si elle repose sur une pharmacopée historique, issue des travaux des plus grands penseurs taoïstes et confucianistes, la MTC, elle, ne remonte qu’à l’époque de Mao et de la révolution culturelle. Elle reprend les concepts historiques de la médecine chinoise et s’appuie également sur ceux de la science moderne. L’Europe, très ouverte aux médecines douces ou alternatives, a d’ailleurs réservé depuis une quarantaine d’années un très bon accueil à la MTC et à des techniques comme l’acupuncture. En 2007, l’Empire du milieu adoptait même avec l’appui de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) la convention de Pékin qui pointait du doigt la nécessité de moderniser et d’internationaliser la médecine chinoise, et lançait une campagne visant à développer la recherche de nouveaux produits tout en intégrant les bénéfices de la pharmacopée traditionnelle. La médecine chinoise s’appuie désormais sur plus de 12 000 espèces dont 85% sont végétales. Et depuis la révolution de 1949 plus de six cents espèces ont fait l’objet de recherches phytologiques et chimiques débouchant sur l’homologation d’une vingtaine d’entités chimiques et une cinquantaine de principes actifs. On rappellera ici l’indéniable réussite de l’artémisinine issue de l’armoise annuelle devenue traitement de référence contre le paludisme. Plus de 1 500 entreprises chinoises se consacrent aujourd’hui à la MTC et plus de 11 000 commercialisent leurs produits. Le pays investit actuellement dans un énorme projet de complexe industriel et commercial qui accueillera à Suzhou, dans la province de Jiangsu, 3 000 entreprises et 10 000 emplois sur une surface de 240 000 m². Les laboratoires occidentaux accompagnent aussi ce mouvement sous forme de coopération industrielle visant à développer des médicaments innovants. L’une de ces coopérations a d’ailleurs débouché sur la mise au point d’un traitement franco-chinois d’une forme de leucémie aigüe.
Ce rapprochement des techniques médicamenteuses pourrait également bien avoir des effets sur l’approche occidentale de la pharmacopée. La MTC s’appuie sur une approche globale et individualisée du patient où le corps et l’esprit ne forment qu’une seule et unique entité, et c’est l’instabilité entre les deux qui permet de développer des pathologies. La médecine occidentale, elle, ne traite que la maladie physique. En intégrant les principes de la MTC, bien moins onéreuse par ailleurs, la médecine occidentale pourrait bien revoir en profondeur les bases de la prise en charge des patients, en y intégrant une nouvelle dimension, beaucoup plus individualisée.
Publicités

A propos angeliquedelhoute

Phytospagyriste
Cet article, publié dans Plantes médicinales et aromatiques, Santé au naturel, est tagué , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s