Face au paludisme, l’artémisinine s’affaiblit, mais l’espoir subsiste

Grosse inquiétude des chercheurs au début du mois d’avril : dans différentes publications scientifiques, ils s’alarment d’une possible propagation du paludisme de l’Asie vers l’Afrique générant une forte surmortalité. En cause, une résistance au principe actif de base aux traitements contre le paludisme.

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), le paludisme a fait 655 000 morts en 2010, majoritairement des enfants de moins de 5 ans et des femmes enceintes de l’Afrique subsaharienne.  L’Asie du Sud-Est est également fortement touchée, notamment le Cambodge, le Laos et la Thaïlande. C’est dans cette région qu’une équipe de chercheurs a mis en évidence une résistance des thérapies à base d’artémisinine, résistance qui ne rend pas les traitements inopérants mais qui retarde leur action de 40% environ. De 2,6 heures en 2001 pour éliminer la moitié des parasites du corps, il faut compter dorénavant 3,7 heures pour arriver au même résultat en 2010. Cette équipe du Texas Biomedical Research Institute (TBRI) a étudié, de 2001 à 2010, un groupe de 3 202 malades du paludisme traités dans des cliniques du Nord-Ouest de la Thaïlande, une région du Cambodge où des cas de résistance à la thérapie ont déjà été observés.

L’artémisinine est le principe actif d’une plante chinoise, l’Artemisia annua, qui a été défini en 2001 par l’OMS comme « le plus grand espoir contre le paludisme ». Ses dérivés, combinés avec d’autres substances, constituent la seule thérapie efficace dans les pays où le paludisme est endémique est et même considéré comme la plus efficace là où le parasite est devenu résistant aux autres traitements. Dans la revue The Lancet du mois d’avril, les chercheurs ayant mis à jour cette résistance redoutent une « propagation des parasites résistants de l’Asie du Sud-Est vers l’Afrique, où surviennent la plupart des décès liés au paludisme, (et qui) serait un désastre de santé publique avec des millions de morts à la clé ». « Le problème que nous avons est que le traitement par l’artémisinine favorisera la propagation de cette résistance, mais il n’y a pas d’autres options viables de traitements en Asie du Sud ». Selon eux, cette résistance proviendrait de la propagation de gènes mutants. Et leur inquiétude du fait que la résistance à d’autres traitements antipaludéens, comme la chloroquine et le fansidar, s’est déjà répandue. « Avec la propagation des parasites résistants à l’artémisinine on risque de se retrouver sans autres traitements contre le paludisme », redoute le chercheur responsable de l’étude.

La mortalité en recul de 30% sur 10 ans

 Les chercheurs de cette équipe ont cependant identifié une région sur un chromosome de Plasmodium falciparum (ou P. falciparum), le principal agent du paludisme, qui permet de mieux expliquer comment il devient résistant à la génération actuelle de médicaments et donc de nourrir quelque espoir.

Dans une autre étude, publiée cette fois dans la très sérieuse revue Science, ils expliquent qu’ils ont pu identifier une région importante du génome du parasite du paludisme associée à la résistance à l’artémisinine. L’identification de cette zone liée à la résistance sera essentielle pour surveiller la propagation de cette souche, pour déterminer comment la résistance apparaît et pour comprendre le mécanisme d’action du médicament en créant des marqueurs moléculaires efficaces.

« Si à partir de là nous pouvons identifier le ou les gènes spécifiques, dont les mutations sont à l’origine de cette résistance, nous pourrons alors en comprendre le mécanisme », indiquent les chercheurs du TBRI.

Bien que le bilan de la mortalité due au paludisme soit encore élevé, celle-ci a baissé de 30% depuis dix ans grâce aux traitements comprenant de l’artémisinine. Mais il ne faut pas l’utiliser seule comme l’a recommandé l’OMS en 2006, car elle affaiblit le parasite sans le détruire  systématiquement, d’où la nécessité de la combiner à d’autres traitements pour une meilleure efficacité.

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