Environnement : Le WWF tire le signal d’alarme avant le Rio+20

Le WWF a présenté le 15 mai, depuis la station orbitale ISS, son rapport biannuel sur l’état de santé de la Terre, Planète Vivante 2012. Son constat est alarmant. Montrés principalement du doigt, les pays industrialisés qui continuent d’accaparer les terres arables des pays pauvres. Selon le WWF, le modèle économique et écologique business as usual n’est plus tenable. Mais des solutions existent pour en sortir.

Voila qui devrait faire réfléchir les gouvernements qui participeront au sommet sur le développement durable qui se tiendra du 20 au 22 juin à Rio di Janeiro au Brésil. C’est du moins ce qu’espère Jim Leape, le directeur général international de World Wide Fund for Nature (Fonds mondial pour la nature) l’ONG de protection de l’environnement, tout en laissant faisant de ses doutes sur la capacité des gouvernants à changer leur politique économique et gouvernementale.

Le sommet Rio+20 devrait attirer quelque 50 000 participants dont des organisations écologistes résolues à faire pression sur les politiques pour que des objectifs soient fixés en matière de développement durable. En 1992, la réunion de Rio avait ouvert la voie au protocole de Kyoto (qui expire cette année, NDLR) sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, mais les températures moyennes de la planète se dirigent malgré tout vers une « augmentation catastrophique » d’ici la fin du siècle, selon le WWF.

Le WWF avance d’abord quelques chiffres, histoire de nous expliquer l’ampleur des dégâts : la biodiversité a reculé de 28% en moyenne depuis 1970 et  deux planètes ne suffiraient pas à répondre aux besoins des hommes si rien n’est fait d’ici 2030 ; pour faire face à la consommation et aux émissions de gaz carbonique actuels, il faudrait que la planète grossisse de moitié pour fournir assez de terres et de forêts ! « Je pense que nous nous inquiétons tous de voir que les pays qui négocient aux Nations unies pour aboutir à un résultat à Rio n’ont pas montré leur volonté de répondre vraiment à ces défis », a précisé Jim Leape lors de la présentation du rapport Planète Vivante 2012.

500 milliards de dollars par an pour les énergies fossiles

Ce rapport biannuel est, à ce jour, l’étude la plus complète sur la santé de la planète. Et pour mieux marquer nos esprits, il a été présenté depuis la Station Spatiale internationale (SSI) par l’astronaute hollandais André Kuipers. « Nous n’avons qu’une Terre, a-t-il commenté. De la SSI, je peux voir l’empreinte de l’humanité sur la planète, y compris les feux de forêt, la pollution de l’air et l’érosion, autant de défis dont on parle dans cette dernière édition du rapport. Nous exerçons une pression insoutenable sur notre planète, et pourtant nous devons sauver notre unique maison, non seulement pour nous mais aussi pour les générations futures. »

Le directeur général de WWF International fustige également les subventions aux énergies fossiles pour lesquelles les Etats dépensent selon lui plus de 500 milliards de dollars par an, un gâchis dû à « l’inertie du système ». « Nous avons bâti au cours du dernier siècle une économie fondée sur les énergies fossiles en nous appuyant sur l’hypothèse que les ressources de la Terre étaient inépuisables. C’est la même chose pour les océans, où l’on prélève du poisson comme s’il n’y avait pas de lendemain. Et nous le faisons dans un contexte de marchés qui continuent d’envoyer de mauvais signaux. Les marchés peuvent bien fonctionner si les prix reflètent la vérité mais pour le moment, ce n’est pas le cas. »

Une empreinte écologique 5 fois supérieure dans les pays riches

Dans toutes les régions en développement, le WWF assiste à une ruée des investisseurs étrangers cherchant à sécuriser l’accès aux terres agricoles en vue d’en développer la production. Ses estimations révèlent que, depuis le milieu des années 2000, la superficie concernée par ces acquisitions foncières est équivalente à celle de l’Europe orientale. « Si le dernier épisode d’accélération du phénomène tire son origine de la crise alimentaire de 2007-2008, ses causes profondes sont à rechercher du côté de la croissance démographique, de la consommation croissante d’une minorité planétaire et de la demande accrue de produits alimentaires, de biocarburants, de matières premières et de bois d’œuvre par les marchés. » Du coup, la différence entre l’empreinte écologique des pays riches et pauvres reste énorme, cinq fois supérieure dans les pays à haut revenu comparée à celle des pays à bas revenus. Les dix pays à la plus forte empreinte écologique par individu sont le Qatar, le Koweït, les Emirats Arabes Unis, le Danemark, les États-Unis d’Amérique, la Belgique, l’Australie, le Canada, les Pays-Bas et l’Irlande.

Il faudrait plus de quatre terres pour répondre aux besoins d’une population globale vivant comme un habitant moyen des Emirats Arabes Unis ou des Etats-Unis. Cherchez l’erreur. « Non seulement nous vivons au-dessus des moyens de la Terre, mais la répartition que nous faisons des fruits ainsi récoltés est inéquitable, constatent les auteurs du rapport. Les pays et les communautés les plus pauvres supportent en effet une part disproportionnée des effets négatifs de la consommation croissante de ressources à l’échelle mondiale, alors que leurs homologues des nations industrialisées recueillent l’essentiel de ses bénéfices. » Selon Jim Leape, « nous vivons comme si nous avions une autre planète à disposition. En un an, nous utilisons 50% des ressources que la Terre peut régénérer dans le même temps. A moins que nous changions drastiquement de cap, cela va continuer à augmenter et d’ici 2030, deux planètes ne suffiront même plus ».

La voie du redressement au Rio+20

Le rapport Planète Vivante utilise l’Indice Planète Vivante (IPV) pour mesurer les changements dans la santé des écosystèmes de la planète. L’IPV suit plus de 9 000 populations de plus de 2 600 espèces. L’IPV global indique un déclin de 30% depuis 1970, les écosystèmes tropicaux étant les plus touchés avec une baisse de 60% en moins de 40 ans. « Alors que la biodiversité diminue, l’empreinte écologique augmente ; la demande que nous exerçons sur les ressources naturelles n’est plus soutenable. L’IPV est un indicateur de la santé de notre planète et il est au rouge. Si nous nions ce fait, nous nous exposons à des conséquences graves pour l’humanité. »

Le rapport souligne également l’impact de l’urbanisation galopante. En 2050, deux personnes sur trois vivront en ville. Il devient encore plus nécessaire de trouver de nouvelles façons de mieux gérer les ressources naturelles.

« Nous pouvons créer un avenir prospère où la nourriture, l’eau et l’énergie seraient accessibles en quantité suffisante aux neuf, peut-être dix milliards d’êtres humaines appelés à se partager la surface du globe en 2050, affirme Jim Leape. Le rapport Planète Vivante propose ainsi une gamme de solutions indispensables pour inverser le déclin de la biodiversité et ramener l’empreinte écologique dans le cadre de la capacité écologique de la Terre. »

Ces solutions sont formulées en seize priorités, dont la protection et le maintien de la biodiversité et des écosystèmes, une production plus efficace en utilisant moins d’énergie et de matières premières, une moindre et meilleure consommation et une reconnaissance et intégration de la valeur de la biodiversité et des services écologiques dans les décisions politiques et économiques. Il convient également d’établir des cadres juridiques et politiques qui permettent un accès équitable et durable à la nourriture, à l’eau et à l’énergie pour tous.

A cinq semaines de la conférence sur le développement durable des Nations-Unies de Rio (Rio+20) « les défis présentés dans le rapport Planète Vivante sont clairs », a estimé Jim Leape. « Rio+20 peut et doit être le moment pendant lequel les gouvernements s’engagent pour une société durable et socialement juste. La conférence de Rio+20 est une occasion unique pour tous ceux (gouvernements, société civile, villes et entreprises) qui veulent unir leurs forces et jouer un rôle crucial dans la préservation de notre planète ». 

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